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Pourquoi je suis triste : le lien entre votre cycle et votre humeur

Cette vague de tristesse qui arrive sans prévenir a souvent des causes concrètes, et vos émotions méritent d'être entendues.

5 min de lecture

Certains jours, la tristesse arrive sans prévenir, sans raison apparente. Ce que vous ressentez est réel, et il y a des raisons concrètes. Environ 75 % des femmes ressentent au moins un symptôme prémenstruel, souvent émotionnel. Comprendre le lien entre votre cycle, votre corps et votre humeur, c'est déjà prendre soin de vous.

Avant les règles, la chute des oestrogènes fait baisser la sérotonine

Votre cerveau règle votre humeur grâce à un messager chimique, la sérotonine (souvent appelée molécule du bien-être). Sa production dépend directement de vos hormones, surtout des oestrogènes.

Pendant la première moitié du cycle, les oestrogènes montent et soutiennent la sérotonine. Votre humeur est souvent plus stable. Puis, dans les jours qui précèdent les règles, les oestrogènes chutent, et la sérotonine baisse avec eux [1] [2].

Cette chute n'est pas un dysfonctionnement : c'est le fonctionnement normal du cycle. Mais ses effets sont bien réels, tristesse soudaine, envie de pleurer, irritabilité, fatigue. Environ 75 % des femmes en âge de procréer ressentent au moins un symptôme prémenstruel [2].

Comprendre que c'est hormonal, ce n'est pas s'entendre dire que c'est « que » hormonal. Vos larmes avant les règles ne sont pas un caprice. Votre cerveau réagit à un changement biochimique concret.

Sources (2)
  • [1] Epperson CN, Steiner M, Hartlage SA, et al. Premenstrual Dysphoric Disorder: Evidence for a New Category for DSM-5. American Journal of Psychiatry. 2012;169(5):465-475. doi:10.1176/appi.ajp.2012.11081302
  • [2] American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG). Clinical Practice Guideline No. 7: Management of Premenstrual Disorders. Obstet Gynecol. 2023;142(6):1516-1533. doi:10.1097/AOG.0000000000005426

SPM, TDPM ou dépression : suivre vos émotions aide à voir clair

Ressentir de la tristesse avant les règles ne veut pas dire que vous êtes dépressive. Mais une tristesse qui envahit tout et revient chaque cycle mérite qu'on s'y arrête.

La tristesse prémenstruelle classique apparaît quelques jours avant les règles et s'atténue vite après. Elle fait partie du syndrome prémenstruel (SPM), qui touche environ 75 % des femmes [2].

Le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) est une forme bien plus intense. Il touche 3 à 8 % des femmes en âge de procréer, le DSM-5 retenant 1,8 à 5,8 % avec des critères stricts [1] [3]. Tristesse profonde, désespoir, crises de larmes, irritabilité extrême : ces symptômes perturbent le travail, les relations, le sommeil. Ce n'est pas un manque de volonté [3].

La dépression, elle, ne suit pas le cycle. Elle s'installe en continu pendant au moins deux semaines, quel que soit le moment du mois [4]. En France, les femmes sont environ deux fois plus touchées que les hommes [5].

Un repère simple : notez vos émotions sur deux à trois cycles, en marquant vos règles. Si la tristesse revient en phase lutéale (les 14 jours avant les règles) puis disparaît, cela oriente vers un SPM ou un TDPM. Si elle est là en permanence, cela peut évoquer une dépression [2] [4].

Sources (5)
  • [2] American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG). Clinical Practice Guideline No. 7: Management of Premenstrual Disorders. Obstet Gynecol. 2023;142(6):1516-1533. doi:10.1097/AOG.0000000000005426
  • [1] Epperson CN, Steiner M, Hartlage SA, et al. Premenstrual Dysphoric Disorder: Evidence for a New Category for DSM-5. American Journal of Psychiatry. 2012;169(5):465-475. doi:10.1176/appi.ajp.2012.11081302
  • [3] American Psychiatric Association. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Fifth Edition (DSM-5). Arlington, VA: American Psychiatric Publishing; 2013.
  • [4] Haute Autorité de Santé (HAS). Épisode dépressif caractérisé de l'adulte : prise en charge en soins de premier recours. Recommandation de bonne pratique. 2017.
  • [5] Santé publique France. Baromètre Santé 2021 : prévalence de la dépression en France.

Avec une maladie chronique, la tristesse a une base biologique

Avec une maladie chronique, la fatigue n'use pas que le corps. Elle pèse aussi sur le moral, la patience, l'envie. L'endométriose, par exemple, touche environ une femme sur dix en France, soit 1,5 à 2,5 millions de femmes [6].

Ce n'est pas « juste des règles douloureuses ». C'est une maladie inflammatoire chronique, avec douleurs pelviennes, fatigue profonde et troubles digestifs [7]. Or cette inflammation ne reste pas dans le corps : elle envoie au cerveau des signaux qui perturbent la sérotonine, c'est l'axe inflammation-dépression [8].

Résultat, les femmes atteintes d'endométriose ont un risque de symptômes dépressifs environ 1,5 fois supérieur à la population générale [8]. À cela s'ajoute une errance : le délai moyen de diagnostic est de sept ans en France [9]. Sept ans de douleurs non reconnues, c'est en soi une source d'épuisement.

Il y a aussi des deuils que personne ne nomme : la spontanéité, une vie sociale fluide, parfois un projet de maternité. La colère et la tristesse que vous ressentez ne sont pas de la faiblesse. Ce sont des réponses saines à une situation anormalement difficile. Votre douleur émotionnelle n'est pas « dans votre tête » : le rejet et la souffrance activent en partie les mêmes zones du cerveau que la douleur physique [10].

Sources (5)
  • [6] INSERM. Endométriose. Dossier d'information. 2022. / Ministère de la Santé. Stratégie nationale de lutte contre l'endométriose. Janvier 2022.
  • [7] ESHRE (European Society of Human Reproduction and Embryology). Guideline on Endometriosis. 2022.
  • [8] Chen LC, Hsu JW, Huang KL, et al. Risk of developing major depression and anxiety disorders among women with endometriosis: a longitudinal follow-up study. Journal of Affective Disorders. 2016;190:282-285. doi:10.1016/j.jad.2015.10.030 / Laganà AS, La Rosa VL, Rapisarda AMC, et al. Anxiety and depression in patients with endometriosis: impact and management challenges. International Journal of Women's Health. 2017;9:323-330.
  • [9] EndoFrance / Haute Autorité de Santé (HAS). Prise en charge de l'endométriose : recommandations. Décembre 2017.
  • [10] Eisenberger NI. The neural bases of social pain: evidence for shared representations with physical pain. Psychosomatic Medicine. 2012;74(2):126-135.

Consulter n'est pas exagéré : par où commencer

Consulter pour de la tristesse, liée au cycle ou à une maladie, n'est pas exagéré. C'est un soin, comme consulter pour une douleur au genou. Plusieurs professionnels peuvent vous accompagner.

  • Votre médecin ou gynécologue : souvent la première porte. Il peut évaluer vos symptômes, ajuster un traitement hormonal si besoin et vous orienter [11] [2].
  • Un psychologue : la thérapie cognitivo-comportementale (TCC, un travail sur les pensées et les comportements) aide pour la tristesse liée au cycle comme pour l'impact des maladies chroniques [12].
  • Un psychiatre : il peut poser un diagnostic et prescrire si besoin. Pour le TDPM, les antidépresseurs ISRS (qui augmentent la sérotonine disponible) sont le traitement de première intention, en continu ou seulement en phase lutéale [1].

En France, le dispositif Mon soutien psy rembourse des séances chez un psychologue, sur orientation de votre médecin [13]. Les Centres médico-psychologiques (CMP, structures publiques de soins psychiques) proposent des consultations gratuites. L'association EndoFrance oriente les femmes concernées par l'endométriose.

L'activité physique adaptée (marche, yoga, natation) est un complément reconnu : elle réduit les symptômes dépressifs légers à modérés et améliore le sommeil [14]. Pas une injonction à « bouger plus », juste une option, à votre rythme.

Sources (6)
  • [11] NICE (National Institute for Health and Care Excellence). Depression in adults: treatment and management. NICE Guideline NG222. 2022.
  • [2] American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG). Clinical Practice Guideline No. 7: Management of Premenstrual Disorders. Obstet Gynecol. 2023;142(6):1516-1533. doi:10.1097/AOG.0000000000005426
  • [12] Kleinstäuber M, Witthöft M, Hiller W. Cognitive-behavioural and pharmacological interventions for premenstrual syndrome or premenstrual dysphoric disorder: a meta-analysis. J Clin Psychol Med Settings. 2012;19(3):308-319.
  • [1] Epperson CN, Steiner M, Hartlage SA, et al. Premenstrual Dysphoric Disorder: Evidence for a New Category for DSM-5. American Journal of Psychiatry. 2012;169(5):465-475. doi:10.1176/appi.ajp.2012.11081302
  • [13] Ministère de la Santé. Dispositif Mon soutien psy (anciennement MonParcoursPsy). 2022.
  • [14] Daley A. Exercise and premenstrual symptomatology: a comprehensive review. Journal of Women's Health. 2009;18(6):895-899.

Ce que vous ressentez est réel : ni faiblesse, ni exagération. Votre tristesse a des explications biologiques, psychologiques, parfois sociales. Le comprendre ne fait pas tout disparaître, mais cela change une chose : ce n'est pas « dans votre tête ». Vous avez le droit d'être écoutée et accompagnée, à votre rythme. Noter votre humeur au fil des cycles peut aider à en parler à un professionnel.

Cet article informe mais ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Si un symptôme t'inquiète, parles-en à un médecin.