Migraines et règles : pourquoi et que faire ?
La migraine cataméniale est une vraie maladie du cycle, pas un mal de tête à minimiser.
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Quelques jours avant vos règles, la douleur s'installe. Pas un simple mal de tête, une vraie migraine qui vous cloue. Cette douleur est réelle et elle a une cause physique. Elle porte même un nom : la migraine cataméniale, une maladie reconnue. Si on vous a dit « c'est hormonal, il n'y a rien à faire », c'est faux. Des solutions existent.
La migraine cataméniale est réelle, reconnue et fréquente
Perdre un à trois jours chaque mois à cause de la douleur n'est pas un détail. Vous n'exagérez pas, et ce n'est pas « dans votre tête ».
En France, 20 à 25 % des femmes adultes souffrent de migraine, soit trois fois plus que les hommes [1]. Parmi elles, 6 sur 10 font un lien direct entre leurs crises et leurs règles [2].
La migraine cataméniale est une entité clinique à part entière, reconnue par la Classification internationale des céphalées (le référentiel médical des maux de tête) [3]. Ces crises durent en moyenne 30 % plus longtemps, sont plus intenses et résistent davantage aux traitements habituels [4].
- Migraine menstruelle pure : les crises surviennent seulement autour des règles, de 2 jours avant à 3 jours après. Cela concerne 7 à 14 % des femmes migraineuses [3].
- Migraine aggravée par les règles : des crises à d'autres moments aussi, mais nettement pires autour des règles.
Sources (4)
- [1] INSERM. Dossier Migraine. 2023. Disponible sur : https://www.inserm.fr/dossier/migraine/
- [2] MacGregor EA. Menstrual migraine. Curr Opin Neurol. 2008;21(3):309-315. PMID 18451715. doi:10.1097/WCO.0b013e3282fd184b
- [3] International Headache Society (IHS). The International Classification of Headache Disorders, 3rd edition (ICHD-3). Cephalalgia. 2018;38(1):1-211. doi:10.1177/0333102417738202
- [4] MacGregor EA, Victor TW, Hu X, et al. Characteristics of menstrual vs nonmenstrual migraine: a post hoc analysis of the GEM Study. Headache. 2010;50(4):528-538. PMID: 20236340
Pourquoi votre cerveau réagit à la chute d'œstrogènes
Vos œstrogènes agissent comme un coussin qui amortit les signaux de douleur et stabilise les vaisseaux du cerveau. Juste avant les règles, en fin de phase lutéale (la seconde moitié du cycle), leur taux chute brutalement.
C'est cette chute rapide, et non le niveau absolu, qui déclenche la crise [5]. Voilà pourquoi la migraine arrive souvent la veille ou le premier jour des règles, pas au hasard.
Les hormones ne sont pas seules en cause. Trois autres facteurs s'ajoutent :
- Les prostaglandines : ces molécules inflammatoires, produites pour contracter l'utérus, passent dans le sang et amplifient l'inflammation, y compris autour des vaisseaux du cerveau.
- La déshydratation : les variations hormonales modifient l'équilibre en eau du corps, et le manque d'eau est un déclencheur reconnu.
- Le magnésium : jusqu'à 1 personne migraineuse sur 2 en manque [6], et le taux baisse encore avant les règles [10].
Chacun de ces maillons est un levier sur lequel vous pouvez agir.
Sources (3)
- [5] Somerville BW. The role of estradiol withdrawal in the etiology of menstrual migraine. Neurology. 1972;22(4):355-365. doi:10.1212/WNL.22.4.355 ; MacGregor EA. Oestrogen and attacks of migraine with and without aura. Lancet Neurol. 2004;3(6):354-361
- [6] Mauskop A, Varughese J. Why all migraine patients should be treated with magnesium. J Neural Transm. 2012;119(5):575-579. doi:10.1007/s00702-012-0790-2
- [10] Facchinetti F, Sances G, Borella P, et al. Magnesium prophylaxis of menstrual migraine: effects on intracellular magnesium. Headache. 1991;31(5):298-301. doi:10.1111/j.1526-4610.1991.hed3105298.x
Migraine ou mal de tête : le bon mot mène au bon traitement
Distinguer une céphalée de tension d'une migraine n'est pas une hiérarchie de souffrance, c'est une question de stratégie. Le bon diagnostic mène au bon traitement.
La céphalée de tension serre les deux côtés de la tête, comme un bandeau. La douleur est diffuse, modérée, sans nausée ni gêne à la lumière.
La migraine est souvent pulsatile (elle bat au rythme du cœur), d'un seul côté, intense. Elle s'accompagne de nausées et d'une hypersensibilité à la lumière, au bruit, aux odeurs. Certaines femmes ont une aura avant la crise : troubles visuels (points lumineux, zigzags) ou fourmillements, de quelques minutes à une heure [3].
Cette distinction compte : le paracétamol, utile sur une céphalée légère, suffit rarement face à une migraine cataméniale [7]. Les traitements spécifiques (anti-inflammatoires ciblés, triptans) agissent autrement.
Si vous reconnaissez la migraine dans ce que vous vivez chaque mois, notez-le. Cette information sera précieuse pour votre médecin.
Sources (2)
- [3] International Headache Society (IHS). The International Classification of Headache Disorders, 3rd edition (ICHD-3). Cephalalgia. 2018;38(1):1-211. doi:10.1177/0333102417738202
- [7] Société Française d'Études des Migraines et Céphalées (SFEMC). Recommandations pour la prise en charge diagnostique et thérapeutique de la migraine chez l'adulte. 2021 ; European Headache Federation. Guidelines for the management of menstrual migraine. J Headache Pain. 2017
Ce qui peut vous soulager, du quotidien aux traitements
Aucune solution unique ne marche pour toutes. Mais l'éventail est large, du quotidien aux traitements ciblés, à construire avec votre médecin.
Côté quotidien, quelques gestes réduisent la charge que votre corps absorbe :
- Hydratation : viser 1,5 à 2 litres d'eau par jour, un peu plus autour des règles [8].
- Sommeil régulier : des horaires stables et 7 à 8 heures par nuit, week-end compris [8].
- Alimentation : des repas réguliers, riches en oméga-3 (poissons gras, noix, lin), sans sauter de repas [9].
Ce sont des outils, pas des injonctions : expérimentez sans culpabilité.
Côté médical, plusieurs options existent, de la prévention à la crise :
- Magnésium : 300 à 600 mg par jour peuvent réduire la fréquence des crises, avec peu d'effets indésirables [6][10].
- Anti-inflammatoires (AINS) : commencés 2 jours avant les règles pendant 5 à 7 jours, en prévention ciblée [7].
- Triptans : des médicaments conçus pour la migraine ; le frovatriptan est étudié en prévention autour des règles [7].
- Œstrogènes en gel ou patch : appliqués pour « amortir » la chute d'œstrogènes [5]. Ils sont contre-indiqués en cas de migraine avec aura, à cause d'un risque vasculaire accru [7].
Votre médecin, généraliste, gynécologue ou neurologue, vous aidera à bâtir une stratégie sur mesure.
Sources (6)
- [8] Spigt MG, Kuijper EC, Schayck CP, et al. Increasing the daily water intake for the prophylactic treatment of headache. Eur J Neurol. 2005;12(9):715-718. doi:10.1111/j.1468-1331.2005.01081.x
- [9] Ramsden CE, Zamora D, Faurot KR, et al. Dietary alteration of n-3 and n-6 fatty acids for headache reduction in adults with migraine. BMJ. 2021;374:n1448. doi:10.1136/bmj.n1448
- [6] Mauskop A, Varughese J. Why all migraine patients should be treated with magnesium. J Neural Transm. 2012;119(5):575-579. doi:10.1007/s00702-012-0790-2
- [10] Facchinetti F, Sances G, Borella P, et al. Magnesium prophylaxis of menstrual migraine: effects on intracellular magnesium. Headache. 1991;31(5):298-301. doi:10.1111/j.1526-4610.1991.hed3105298.x
- [7] Société Française d'Études des Migraines et Céphalées (SFEMC). Recommandations pour la prise en charge diagnostique et thérapeutique de la migraine chez l'adulte. 2021 ; European Headache Federation. Guidelines for the management of menstrual migraine. J Headache Pain. 2017
- [5] Somerville BW. The role of estradiol withdrawal in the etiology of menstrual migraine. Neurology. 1972;22(4):355-365. doi:10.1212/WNL.22.4.355 ; MacGregor EA. Oestrogen and attacks of migraine with and without aura. Lancet Neurol. 2004;3(6):354-361
La migraine cataméniale n'est ni un caprice ni un manque de résistance : c'est une réaction biologique bien réelle. Vous n'avez pas à « faire avec ». Un journal de vos symptômes sur trois cycles donne du poids à votre parole en consultation et aide à voir ce qui vous soulage. Notez vos crises et vos règles dans Endora, puis parlez-en à votre médecin.
Cet article informe mais ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Si un symptôme t'inquiète, parles-en à un médecin.




