Endora
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Pourquoi je n'ai plus envie de faire l'amour ?

Votre libido n'est pas un interrupteur. Elle répond à vos hormones, votre fatigue, votre couple, parfois à la douleur.

4 min de lecture

Le désir qui s'éloigne, l'envie qui disparaît : ce que vous vivez est réel et fréquent. Près d'une femme sur trois rapporte un désir sexuel bas [1]. Vous n'êtes ni cassée, ni anormale. Votre libido n'est pas un interrupteur, mais un équilibre sensible entre hormones, émotions, fatigue et relation.

Le désir peut naître après l'excitation, pas seulement avant

On a longtemps présenté le désir comme une envie qui surgit seule, comme la faim. En réalité, chez beaucoup de femmes, il naît en réponse à l'excitation, pas avant [2]. C'est le désir réactif, tout aussi sain que le désir spontané.

Ne pas ressentir d'envie « de nulle part » n'est donc pas un problème. Voyez le désir comme un feu : il lui faut du bois sec (un corps reposé), de l'air (un espace émotionnel sûr) et une étincelle. Si une condition manque, le feu ne prend pas. Il n'est pas cassé.

Une libido plus basse ne devient un souci que si elle vous fait souffrir, vous. Environ 39 % des femmes rapportent une baisse de désir, mais seule une minorité en éprouve une réelle détresse [3]. Pas la norme des autres : la vôtre.

Sources (2)
  • [2] Basson R. Women's sexual dysfunction: revised and expanded definitions. CMAJ. 2005;172(10):1327-1333.
  • [3] Shifren JL, Monz BU, Russo PA, Segreti A, Johannes CB. Sexual problems and distress in United States women: prevalence and correlates. Obstet Gynecol. 2008;112(5):970-978.

Hormones, pilule, post-partum, ménopause : quand la biochimie bascule

Votre cerveau équilibre des molécules « accélératrices » (dopamine) et « freinatrices » (sérotonine, prolactine) [4]. Trois hormones comptent. Les œstrogènes entretiennent la lubrification [5], la progestérone calme un peu le désir, et la testostérone, que votre corps produit aussi, soutient l'envie [6]. C'est pourquoi le désir monte souvent autour de l'ovulation [7].

Certaines étapes de vie modifient plus durablement cet équilibre :

  • Pilule : les contraceptifs combinés augmentent une protéine (la SHBG) qui capture la testostérone [7]. Environ 15 à 20 % des utilisatrices notent une baisse de désir [8].
  • Post-partum : après la naissance, les hormones chutent et l'allaitement maintient la prolactine, qui inhibe le désir [4]. Une femme sur deux est concernée les premiers mois [10].
  • Ménopause : la baisse des œstrogènes assèche les tissus et peut rendre les rapports douloureux [5]. Environ 40 % des femmes ménopausées notent moins de désir [11].

Des solutions existent : œstrogènes locaux pour le confort, testostérone à dose physiologique pour le désir, à discuter avec un professionnel de santé [6].

Sources (8)
  • [4] Goldstein I, Kim NN, Clayton AH, DeRogatis LR, Giraldi A, Parish SJ, Pfaus J, Simon JA, Kingsberg SA, Meston C, Stahl SM, Wallen K, Worsley R. Hypoactive Sexual Desire Disorder: ISSWSH Expert Consensus Panel Review. Mayo Clin Proc. 2017;92(1):114-128.
  • [5] Rosen RC, Barsky JL. Normal sexual response in women. Obstet Gynecol Clin North Am. 2006;33(4):515-526.
  • [6] Davis SR, Baber R, Panay N, Bitzer J, Perez SC, Islam RM, Kaunitz AM, Kingsberg SA, Lambrinoudaki I, Liu J, Parish SJ, Pinkerton J, Rymer J, Simon JA, Vignozzi L, Wierman ME. Global Consensus Position Statement on the Use of Testosterone Therapy for Women. J Clin Endocrinol Metab. 2019;104(10):4660-4666.
  • [7] Both S, Laan E, Schultz WW. Disorders in sexual desire and sexual arousal in women, a 2010 state of the art. J Psychosom Obstet Gynaecol. 2010;31(4):207-218.
  • [8] Pastor Z, Holla K, Chmel R. The influence of combined oral contraceptives on female sexual desire: a systematic review. Eur J Contracept Reprod Health Care. 2013;18(1):27-43.
  • [10] Abdool Z, Thakar R, Sultan AH. Postpartum female sexual function: a review. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol. 2009;145(2):133-137.
  • [11] Nappi RE, Kokot-Kierepa M. Vaginal Health: Insights, Views & Attitudes (VIVA). Climacteric. 2012;15(1):36-44. PMID 22168244. doi:10.3109/13697137.2011.647840
  • [9] Panzer C, Wise S, Fantini G, Kang D, Munarriz R, Guay A, Goldstein I. Impact of oral contraceptives on sex hormone-binding globulin and androgen levels: a retrospective study in women with sexual dysfunction. J Sex Med. 2006;3(1):104-113.

Le stress, la fatigue et la relation pèsent autant que les hormones

Quand le stress est chronique, votre corps produit du cortisol, qui met la reproduction en pause et abaisse œstrogènes et testostérone [4]. Ce n'est pas un manque d'envie : c'est un frein de survie resté allumé. La fatigue accumulée agit pareil, car le désir a besoin d'énergie disponible.

La dépression, même légère, peut éteindre le désir, et certains antidépresseurs l'accentuent [4]. Si votre humeur joue, c'est une piste à explorer avec un professionnel, sans culpabilité. Le regard sur votre propre corps compte aussi : se sentir désirable est un pilier du plaisir.

Le lien avec votre partenaire pèse également. Le désir se nourrit d'intimité émotionnelle et de sécurité [2]. La pression (« vais-je avoir envie cette fois ? ») installe une anxiété qui bloque tout. Vous avez le droit de ne pas avoir envie, et souvent l'envie revient quand cette pression retombe.

Sources (2)
  • [4] Goldstein I, Kim NN, Clayton AH, DeRogatis LR, Giraldi A, Parish SJ, Pfaus J, Simon JA, Kingsberg SA, Meston C, Stahl SM, Wallen K, Worsley R. Hypoactive Sexual Desire Disorder: ISSWSH Expert Consensus Panel Review. Mayo Clin Proc. 2017;92(1):114-128.
  • [2] Basson R. Women's sexual dysfunction: revised and expanded definitions. CMAJ. 2005;172(10):1327-1333.

Avec l'endométriose, les douleurs pendant les rapports éteignent le désir

Si votre corps associe l'intimité à la douleur, il est logique, et même protecteur, que le désir se retire. Avec l'endométriose, environ 50 à 70 % des femmes rapportent des douleurs pendant les rapports, la dyspareunie profonde (douleur en profondeur à la pénétration) [13]. Cette douleur est bien physique : elle vient de lésions, d'adhérences et d'inflammation du bassin [14].

Un cercle vicieux s'installe. Le cerveau retient la douleur, l'anxiété monte avant le rapport, les muscles du plancher pelvien se contractent, et l'évitement s'installe [14]. Ce n'est ni « dans votre tête », ni un manque d'excitation.

Cette douleur se prend en charge de plusieurs façons : kinésithérapie du périnée, traitements hormonaux de l'endométriose, chirurgie des lésions profondes, accompagnement sexologique [13][14]. La chirurgie améliore la dyspareunie dans 60 à 70 % des cas. Si votre médecin n'aborde pas votre sexualité, vous avez le droit de le faire.

Sources (3)
  • [13] Ferrero S, Abbamonte LH, Giordano M, Ragni N, Remorgida V. Deep dyspareunia and sex life after laparoscopic excision of endometriosis. Hum Reprod. 2007;22(4):1142-1148. PMID 17182665. doi:10.1093/humrep/del465 / ESHRE Guideline on Endometriosis. 2022.
  • [14] Barbara G, Facchin F, Buggio L, Somigliana E, Berlanda N, Kustermann A, Vercellini P. What is known and unknown about the association between endometriosis and sexual functioning: a systematic review of the literature. Reprod Sci. 2017;24(12):1566-1576.
  • [12] Fritzer N, Haas D, Oppelt P, Gerstner GJ, Grill R, Ulrich D, Wenzl R. More than just bad sex: sexual dysfunction and distress in patients with endometriosis. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol. 2013;169(2):392-396. PMID 23642970. doi:10.1016/j.ejogrb.2013.04.001

Votre désir ne mesure ni votre valeur, ni votre couple, ni votre féminité. Ce que vous vivez est réel, fréquent, et ce n'est pas votre faute. Vous pouvez avancer à votre rythme : en parler à une personne de confiance, vous reconnecter à votre corps sans pression, ou consulter (gynécologue, sexologue, psychologue, kiné du périnée). Le premier pas, c'est de chercher à comprendre. Vous venez de le faire.

Cet article informe mais ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Si un symptôme t'inquiète, parles-en à un médecin.