Endora
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Envie de faire pipi tout le temps : et si c'était l'endométriose ?

Quand l'ECBU revient négatif encore une fois, la vessie n'est pas toujours en cause.

5 min de lecture

Cette envie d'uriner qui ne vous lâche pas, jour et nuit, est réelle. Quand l'ECBU revient négatif malgré des symptômes tenaces, ce n'est pas dans votre tête. L'endométriose peut toucher la vessie et provoquer ces urgences permanentes. Voici comment reconnaître ce lien, quels examens demander et quelles solutions existent.

L'endométriose peut s'installer sur la vessie

On associe souvent l'endométriose aux douleurs de règles. Pourtant, cette maladie chronique et inflammatoire peut toucher d'autres organes. Elle concerne environ 1 femme sur 10 en âge de procréer dans le monde, soit 190 millions de femmes et de filles [1]. Parmi les formes profondes, 6 à 16 % atteignent le système urinaire, et la vessie dans 85 % des cas [2][3].

Dans le bassin, la vessie est collée juste devant l'utérus. Ces organes partagent les mêmes parois, les mêmes nerfs et les mêmes vaisseaux [6]. Quand des lésions se développent sur l'utérus ou entre l'utérus et la vessie, celle-ci se retrouve directement exposée.

Des fragments de tissu semblable à l'endomètre (la muqueuse qui tapisse l'utérus) se fixent sur la vessie ou tout près. Ils réagissent aux hormones du cycle, gonflent et enflamment la zone [2][3][4]. Le muscle de la vessie, irrité, se contracte même quand elle n'est pas pleine. L'inflammation du bassin et l'irritation des nerfs amplifient encore ces fausses urgences [4][6].

Cette localisation est rarement recherchée. Résultat : jusqu'à 30 à 35 % des femmes concernées rapportent des symptômes urinaires, souvent confondus des années avec des cystites [4]. Le diagnostic prend déjà 7 ans en moyenne, parfois 10 ans ou plus pour les formes urinaires isolées [5]. Ce retard n'est pas votre faute : c'est un angle mort du système de soins.

Sources (6)
  • [1] Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Endometriosis Fact Sheet. 2023. Disponible sur : https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/endometriosis
  • [2] Knabben L, Imboden S, Fellmann B, et al. Urinary tract endometriosis in patients with deep infiltrating endometriosis: prevalence, symptoms, management, and proposal for a new clinical classification. Fertility and Sterility. 2015;103(1):147-152. PMID:25439849.
  • [3] Leone Roberti Maggiore U, Ferrero S, Candiani M, et al. Bladder Endometriosis: A Systematic Review of Pathogenesis, Diagnosis, Treatment, Impact on Fertility, and Risk of Malignant Transformation. European Urology. 2017;71(5):790-807.
  • [6] ESHRE Guideline on Endometriosis. European Society of Human Reproduction and Embryology. 2022.
  • [4] Chapron C, Marcellin L, Borghese B, Santulli P. Rethinking mechanisms, diagnosis and management of endometriosis. Nature Reviews Endocrinology. 2019;15(11):666-682. doi:10.1038/s41574-019-0245-z.
  • [5] Stratégie nationale de lutte contre l'endométriose. Ministère de la Santé et de la Prévention, France. 2022. Voir aussi : EndoFrance ; Inserm.

Cystite ou endométriose : les indices qui font la différence

Les symptômes urinaires de l'endométriose ressemblent trait pour trait à une cystite : envies fréquentes (les médecins parlent de pollakiurie), brûlures, pression dans le bas-ventre, parfois du sang dans les urines. La grande différence : aucune bactérie en cause, et l'ECBU (l'analyse d'urine qui recherche une infection) revient négatif [4][6].

Certains signes orientent vers l'endométriose plutôt qu'une infection :

  • Les antibiotiques ne changent rien, ou le soulagement est très bref.
  • L'ECBU revient négatif malgré des symptômes qui persistent.
  • Les symptômes s'aggravent autour des règles (avant, pendant ou juste après).
  • Vous avez aussi des règles douloureuses, des douleurs pendant les rapports ou des troubles digestifs cycliques.
  • Du sang apparaît dans les urines au moment des règles : l'hématurie cataméniale, un signe très évocateur [2][3].

Les deux peuvent coexister : l'inflammation chronique fragilise parfois la vessie et favorise de vraies infections [4]. Si vous vous reconnaissez, notez les dates de vos symptômes urinaires en face de votre cycle. Cette correspondance est un argument fort à montrer à votre médecin.

Sources (4)
  • [4] Chapron C, Marcellin L, Borghese B, Santulli P. Rethinking mechanisms, diagnosis and management of endometriosis. Nature Reviews Endocrinology. 2019;15(11):666-682. doi:10.1038/s41574-019-0245-z.
  • [6] ESHRE Guideline on Endometriosis. European Society of Human Reproduction and Embryology. 2022.
  • [2] Knabben L, Imboden S, Fellmann B, et al. Urinary tract endometriosis in patients with deep infiltrating endometriosis: prevalence, symptoms, management, and proposal for a new clinical classification. Fertility and Sterility. 2015;103(1):147-152. PMID:25439849.
  • [3] Leone Roberti Maggiore U, Ferrero S, Candiani M, et al. Bladder Endometriosis: A Systematic Review of Pathogenesis, Diagnosis, Treatment, Impact on Fertility, and Risk of Malignant Transformation. European Urology. 2017;71(5):790-807.

Quels examens demander pour être entendue

Une échographie pelvienne standard peut passer à côté d'une endométriose vésicale, surtout vessie vide ou hors centre spécialisé [7][8]. Une échographie normale ne veut pas dire qu'il n'y a rien.

L'examen de référence est l'IRM pelvienne (imagerie par résonance magnétique, un examen indolore sans rayons) avec un protocole dédié à l'endométriose et une vessie semi-remplie. Sa sensibilité dépasse 90 % pour l'endométriose profonde [7]. Demandez explicitement ce protocole, idéalement auprès d'un radiologue habitué à cette maladie.

Une cystoscopie (examen de l'intérieur de la vessie avec une petite caméra) peut compléter le bilan pour voir les lésions [7][8]. Attention : une imagerie normale n'exclut pas le diagnostic, surtout pour les lésions superficielles ou l'inflammation diffuse [7]. Vous avez alors le droit de demander un avis dans un centre expert.

Des phrases concrètes peuvent vous aider en consultation :

  • « J'ai des symptômes urinaires avec des ECBU négatifs, pourrait-on chercher une endométriose vésicale ? »
  • « Je souhaiterais une IRM pelvienne avec protocole endométriose. »
  • « Pourriez-vous m'orienter vers un centre expert en endométriose ? »
Sources (2)
  • [7] Bazot M, Daraï E. Diagnosis of deep endometriosis: clinical examination, ultrasonography, magnetic resonance imaging, and other techniques. Fertil Steril. 2017;108(6):886-894. doi:10.1016/j.fertnstert.2017.10.026. Voir aussi : HAS, Recommandations sur le diagnostic de l'endométriose, 2018.
  • [8] CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français). Recommandations pour la pratique clinique : prise en charge de l'endométriose. 2018.

Les solutions existent, du traitement hormonal à la chirurgie

Vous n'avez pas à accepter ces envies permanentes comme une fatalité. Plusieurs leviers existent, souvent combinés.

En première intention, le traitement hormonal supprime les variations du cycle qui stimulent les lésions. Progestatifs en continu, pilule estroprogestative sans pause ou dienogest réduisent l'inflammation, et donc les urgences et les douleurs [4][6]. Il ne fait pas disparaître les lésions, mais il calme les symptômes.

Si cela ne suffit pas, les agonistes de la GnRH (qui mettent les ovaires au repos, comme une ménopause temporaire) sont une option sur 6 à 12 mois, avec un traitement d'appoint contre les bouffées de chaleur et la perte osseuse [6]. Quand une lésion infiltre le muscle de la vessie, la chirurgie par cœlioscopie (opération par petites incisions, sous anesthésie) améliore les symptômes dans 85 à 95 % des cas [2][3]. Elle doit se faire en centre expert.

La rééducation du plancher pelvien, chez un kiné spécialisé, détend les muscles crispés par la douleur et apaise la vessie [6]. Acupuncture, yoga adapté, soutien psychologique et alimentation anti-inflammatoire peuvent compléter la prise en charge, sans remplacer le traitement médical [6].

Au quotidien, quelques repères aident :

  • Notez vos symptômes urinaires en face de votre cycle.
  • Ne réduisez pas ce que vous buvez : des urines concentrées irritent plus. Buvez régulièrement, par petites quantités.
  • Limitez les irritants connus en période de crise : caféine, alcool, boissons gazeuses, plats épicés ou acides.

Un point de vigilance : l'endométriose peut aussi toucher les uretères (les canaux entre les reins et la vessie), parfois en silence, avec un risque pour les reins si rien n'est fait [3][9]. D'où l'importance d'un bilan complet quand les symptômes urinaires persistent.

Sources (5)
  • [4] Chapron C, Marcellin L, Borghese B, Santulli P. Rethinking mechanisms, diagnosis and management of endometriosis. Nature Reviews Endocrinology. 2019;15(11):666-682. doi:10.1038/s41574-019-0245-z.
  • [6] ESHRE Guideline on Endometriosis. European Society of Human Reproduction and Embryology. 2022.
  • [2] Knabben L, Imboden S, Fellmann B, et al. Urinary tract endometriosis in patients with deep infiltrating endometriosis: prevalence, symptoms, management, and proposal for a new clinical classification. Fertility and Sterility. 2015;103(1):147-152. PMID:25439849.
  • [3] Leone Roberti Maggiore U, Ferrero S, Candiani M, et al. Bladder Endometriosis: A Systematic Review of Pathogenesis, Diagnosis, Treatment, Impact on Fertility, and Risk of Malignant Transformation. European Urology. 2017;71(5):790-807.
  • [9] Seracchioli R, Mabrouk M, Manuzzi L, et al. Importance of retroperitoneal ureteric evaluation in cases of deep infiltrating endometriosis. Journal of Minimally Invasive Gynecology. 2008;15(4):435-439.

Vos symptômes urinaires sont réels, ils ont une explication, et vous méritez une prise en charge à la hauteur. Dès maintenant : notez vos symptômes urinaires en face de votre cycle pendant deux à trois mois. Demandez une IRM pelvienne avec protocole endométriose. Si vos ECBU restent négatifs, posez la question de l'endométriose vésicale. Et si vous n'êtes pas entendue, demandez un centre expert. Vous n'avez pas à vivre avec en silence.

Cet article informe mais ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Si un symptôme t'inquiète, parles-en à un médecin.