Endométriose : qu'est-ce qui se passe dans votre corps ?
Une maladie qui touche au moins 1 femme sur 10, longtemps ignorée. Voici, clairement, ce qu'elle fait à votre corps.
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Si on vous a dit que « c'est dans votre tête » ou que « c'est normal d'avoir mal pendant les règles », sachez que non. Votre douleur est réelle, et elle a un nom. L'endométriose touche au moins 1 femme sur 10, et elle a été ignorée bien trop longtemps. Comprendre ce qui se passe dans votre corps, c'est déjà reprendre un peu de pouvoir.
Qu'est-ce qui se passe dans votre corps ?
Votre douleur est réelle, et elle a une cause physique. Chaque mois, l'endomètre (la muqueuse qui tapisse l'utérus) s'épaissit puis s'évacue : ce sont les règles [1]. Cette maladie touche au moins 1 femme sur 10. Cela représente environ 190 millions de femmes et de filles dans le monde, et 1,5 à 2,5 millions en France [4][5].
Avec l'endométriose, un tissu semblable à cette muqueuse s'installe là où il ne devrait pas. Il pousse sur les ovaires, les trompes ou le péritoine (la membrane qui enveloppe les organes du ventre), parfois sur la vessie ou l'intestin [1][2]. Ce tissu réagit aux hormones du cycle, s'enflamme et saigne, mais ce sang n'a aucune sortie.
Le sang piégé et les lésions produisent des substances inflammatoires. Cette inflammation chronique irrite les tissus voisins et peut coller les organes entre eux, formant des adhérences [1][2]. Voilà pourquoi la douleur dépasse souvent les règles [3][4] :
- des douleurs pelviennes au quotidien ;
- des douleurs pendant les rapports ou à la selle ;
- une fatigue profonde.
Point essentiel : l'intensité de la douleur ne reflète pas l'étendue des lésions. Quelques implants près d'un nerf suffisent à faire très mal [1][3]. Votre douleur est toujours légitime, quoi que montre un examen.
Sources (5)
- [1] Zondervan KT, Becker CM, Missmer SA. Endometriosis. N Engl J Med. 2020;382(13):1244-1256. doi:10.1056/NEJMra1810764
- [4] Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Endométriose : fiche d'information. Mars 2023. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/endometriosis
- [5] INSERM. Endométriose : une maladie gynécologique fréquente mais encore mal connue. Dossier d'information. 2022. https://www.inserm.fr/dossier/endometriose/
- [2] Chapron C, Marcellin L, Borghese B, Santulli P. Rethinking mechanisms, diagnosis and management of endometriosis. Nature Reviews Endocrinology. 2019;15(11):666-682. doi:10.1038/s41574-019-0245-z
- [3] Becker CM, Bokor A, Heikinheimo O, et al. ESHRE guideline: endometriosis. Human Reproduction Open. 2022;2022(2):hoac009. doi:10.1093/hropen/hoac009
Pourquoi est-ce que ça m'arrive ?
D'abord, une certitude : ce n'est en aucun cas votre faute. Rien de ce que vous avez fait n'a provoqué cette maladie. La science n'a pas trouvé de cause unique, mais plusieurs mécanismes se combinent :
- La menstruation rétrograde, la théorie la plus connue : pendant les règles, un peu de sang reflue vers le ventre au lieu de sortir. C'est très courant, jusqu'à 9 femmes sur 10 [6]. Chez la plupart, le corps élimine ces cellules ; en cas d'endométriose, elles s'implantent et se développent.
- Le système immunitaire : au lieu de nettoyer ces cellules égarées, il semble les laisser survivre et entretient l'inflammation [1][2].
- La génétique : si votre mère ou votre sœur est atteinte, votre risque est multiplié par 5 à 7 [12][13]. Plusieurs variations génétiques liées à la maladie ont aussi été identifiées [7].
- D'autres pistes : perturbateurs endocriniens, production locale d'œstrogènes, transformation de certaines cellules [1][2].
En réalité, l'endométriose résulte sans doute d'une combinaison de facteurs, différente pour chacune. C'est complexe, mais ce n'est pas un mystère total, et surtout, ce n'est pas une punition.
Sources (6)
- [6] Sampson JA. Peritoneal endometriosis due to the menstrual dissemination of endometrial tissue into the peritoneal cavity. Am J Obstet Gynecol. 1927;14:422-469
- [1] Zondervan KT, Becker CM, Missmer SA. Endometriosis. N Engl J Med. 2020;382(13):1244-1256. doi:10.1056/NEJMra1810764
- [2] Chapron C, Marcellin L, Borghese B, Santulli P. Rethinking mechanisms, diagnosis and management of endometriosis. Nature Reviews Endocrinology. 2019;15(11):666-682. doi:10.1038/s41574-019-0245-z
- [12] Stefansson H, Geirsson RT, Steinthorsdottir V, et al. Genetic factors contribute to the risk of developing endometriosis. Hum Reprod. 2002;17(3):555-559. doi:10.1093/humrep/17.3.555
- [13] Simpson JL, Elias S, Malinak LR, Buttram VC Jr. Heritable aspects of endometriosis. I. Genetic studies. Am J Obstet Gynecol. 1980;137(3):327-331
- [7] Nyholt DR, Low SK, Anderson CA, et al. Genome-wide association meta-analysis identifies new endometriosis risk loci. Nat Genet. 2012;44(12):1355-1359. doi:10.1038/ng.2445
Il existe 3 formes, et la forme ne dit pas la gravité
On distingue trois grandes formes, seules ou associées [2][3].
- Superficielle (péritonéale) : environ 8 cas sur 10 [2]. Le tissu se dépose en surface du péritoine. « Superficiel » ne veut jamais dire « pas grave » : ces lésions peuvent faire très mal.
- Ovarienne : un kyste se forme sur l'ovaire, rempli de vieux sang brun, d'où son surnom de « kyste chocolat » [2][8]. Il concerne 17 à 44 % des femmes atteintes.
- Profonde : le tissu s'enfonce de plus de 5 mm dans les organes (ligaments, cloison vagin-rectum, vessie, intestin). Environ 2 cas sur 10, souvent avec les symptômes les plus variés [2][3].
Un point fondamental : il n'y a pas de lien strict entre la forme et l'intensité des symptômes [1][3]. Une endométriose « étendue » peut faire peu souffrir ; quelques implants près d'un nerf peuvent bouleverser le quotidien. Chaque endométriose est unique, et chaque vécu est légitime. C'est pourquoi la prise en charge doit être personnalisée.
Sources (4)
- [2] Chapron C, Marcellin L, Borghese B, Santulli P. Rethinking mechanisms, diagnosis and management of endometriosis. Nature Reviews Endocrinology. 2019;15(11):666-682. doi:10.1038/s41574-019-0245-z
- [3] Becker CM, Bokor A, Heikinheimo O, et al. ESHRE guideline: endometriosis. Human Reproduction Open. 2022;2022(2):hoac009. doi:10.1093/hropen/hoac009
- [8] Revised American Society for Reproductive Medicine classification of endometriosis: 1996. Fertil Steril. 1997;67(5):817-821. doi:10.1016/S0015-0282(97)81391-X
- [1] Zondervan KT, Becker CM, Missmer SA. Endometriosis. N Engl J Med. 2020;382(13):1244-1256. doi:10.1056/NEJMra1810764
Pourquoi le diagnostic prend-il autant de temps ?
En France, il s'écoule en moyenne 7 ans entre les premiers symptômes et le diagnostic [5][9]. Ce retard n'est pas de votre responsabilité : il reflète la banalisation historique de la douleur des femmes et une formation médicale longtemps insuffisante [4][9].
Le diagnostic repose aujourd'hui sur plusieurs étapes :
- L'écoute : un interrogatoire précis sur vos douleurs (où, quand, à quel point elles gênent votre vie) et un examen clinique [3][9].
- L'échographie pelvienne, faite par un praticien expérimenté, qui repère les kystes et certaines formes profondes [3][10].
- L'IRM, qui cartographie l'endométriose profonde : où le tissu s'est installé et à quelle profondeur [10].
Bonne nouvelle : la chirurgie n'est plus obligatoire pour confirmer le diagnostic. Longtemps, la cœlioscopie (une chirurgie par petites incisions, sous anesthésie) était la seule référence [3]. Désormais, une imagerie de qualité et l'examen clinique suffisent souvent, sans passer par le bloc [3][9]. La cœlioscopie reste utile si l'imagerie est normale malgré des symptômes évocateurs, ou si une opération est déjà prévue.
L'endométriose peut débuter dès les premières règles, et les douleurs des adolescentes sont souvent banalisées. Chez celles qui ont des douleurs pelviennes résistantes aux traitements, jusqu'à 75 % en sont atteintes [11].
Ce qui compte : cherchez un ou une spécialiste de l'endométriose. Vous avez le droit à un deuxième avis. Et si on vous dit que « c'est normal », vous avez le droit de ne pas le croire.
Sources (6)
- [5] INSERM. Endométriose : une maladie gynécologique fréquente mais encore mal connue. Dossier d'information. 2022. https://www.inserm.fr/dossier/endometriose/
- [9] Haute Autorité de Santé (HAS), CNGOF. Prise en charge de l'endométriose. Recommandations pour la pratique clinique. Décembre 2017
- [4] Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Endométriose : fiche d'information. Mars 2023. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/endometriosis
- [3] Becker CM, Bokor A, Heikinheimo O, et al. ESHRE guideline: endometriosis. Human Reproduction Open. 2022;2022(2):hoac009. doi:10.1093/hropen/hoac009
- [10] Nisenblat V, Bossuyt PM, Farquhar C, Johnson N, Hull ML. Imaging modalities for the non-invasive diagnosis of endometriosis. Cochrane Database Syst Rev. 2016;2(2):CD009591. doi:10.1002/14651858.CD009591.pub2
- [11] Janssen EB, Rijkers AC, Hoppenbrouwers K, Meuleman C, d'Hooghe TM. Prevalence of endometriosis diagnosed by laparoscopy in adolescents with dysmenorrhea or chronic pelvic pain: a systematic review. Human Reproduction Update. 2013;19(5):570-582. doi:10.1093/humupd/dmt016
Comprendre, c'est déjà reprendre du pouvoir. Votre douleur est réelle, reconnue, et vous n'avez rien à prouver. Des solutions et des spécialistes existent : n'hésitez jamais à demander un deuxième avis. En notant vos douleurs et vos symptômes dans Endora, vous arriverez en consultation avec des éléments concrets, difficiles à ignorer. Vous êtes bien plus que cette maladie.
Pour aller plus loin
Cet article informe mais ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Si un symptôme t'inquiète, parles-en à un médecin.




