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Bouffées de chaleur sous traitement de l'endométriose : que se passe-t-il ?

Pourquoi certains traitements de l'endométriose déclenchent des bouffées de chaleur, et comment reprendre un peu la main.

5 min de lecture

Une vague de chaleur en pleine réunion, des draps trempés à 3 heures du matin, à 30 ans. Ce que vous vivez est réel, pas « dans votre tête ». Ces bouffées de chaleur sont un effet fréquent de certains traitements de l'endométriose, pas le signe d'une vraie ménopause. Et il existe des solutions concrètes.

Pourquoi votre corps déclenche ces bouffées de chaleur ?

Votre corps possède un thermostat interne, logé dans l'hypothalamus (une petite zone du cerveau). Il maintient votre température dans une fourchette très étroite.

Ce thermostat dépend en partie des œstrogènes, les hormones de vos ovaires. Quand leur taux chute brutalement, comme avec certains traitements de l'endométriose, votre thermostat perd ses repères [1]. Sa zone de confort (la « zone thermoneutre ») se rétrécit : la moindre variation de température est alors lue comme une surchauffe.

Votre cerveau déclenche une réaction pour vous « refroidir » : vaisseaux dilatés (rougeur, chaleur), cœur qui s'accélère, puis transpiration [2]. Ce n'est pas votre corps qui « lâche », juste une réaction logique à un changement hormonal brutal.

L'endométriose touche environ 1 femme sur 10 en âge de procréer, soit près de 190 millions de femmes et de filles dans le monde [3]. En France, 1,5 à 2,5 millions de femmes sont concernées, avec un délai de diagnostic encore proche de 7 ans [4]. Sous traitement hormonal, elles sont fréquentes, mais peu abordées en consultation.

Sources (4)
  • [1] Freedman R.R. Menopausal hot flashes: mechanisms, endocrinology, treatment. J Steroid Biochem Mol Biol. 2014;142:115-120.
  • [2] North American Menopause Society (NAMS). The 2023 nonhormone therapy position statement of The North American Menopause Society. Menopause. 2023;30(6):573-590.
  • [3] Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Fiche d'information sur l'endométriose. 2023.
  • [4] INSERM. Dossier Endométriose. https://www.inserm.fr/dossier/endometriose/ ; Stratégie nationale de lutte contre l'endométriose, Ministère de la Santé, 2022.

D'où viennent-elles : tous les traitements ne se valent pas

Toutes les bouffées de chaleur n'ont pas la même origine. Savoir laquelle vous concerne aide à en discuter avec votre médecin.

  • Agonistes de la GnRH : ces médicaments (comme la leuproréline) mettent vos ovaires au repos et bloquent les œstrogènes. C'est une ménopause chimique, provoquée et temporaire [5]. La chute d'œstrogènes est brutale : 65 à 75 % des femmes traitées ont des bouffées de chaleur [5].
  • Progestatifs (comme le diénogest) : ils abaissent moins les œstrogènes. Les bouffées de chaleur sont bien plus rares, environ 5 à 10 % [6], sans être impossibles [7].
  • L'endométriose elle-même : l'inflammation chronique et le dérèglement de l'axe hormonal (la communication entre cerveau et ovaires) peuvent faire fluctuer les œstrogènes, sans aucun traitement [7].
  • Une périménopause précoce : après une chirurgie des ovaires pour des endométriomes (kystes d'endométriose), la réserve ovarienne peut baisser et avancer la périménopause [8].

Si vous avez des bouffées de chaleur sans aucun traitement hormonal, surtout après une chirurgie des ovaires, signalez-le à votre médecin.

Sources (4)
  • [5] Prentice A, Deary AJ, Goldbeck-Wood S, et al. Gonadotrophin-releasing hormone analogues for endometriosis: painful symptoms. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2000;(2):CD000346.
  • [6] Strowitzki T. et al. Dienogest is as effective as leuprolide acetate in treating the painful symptoms of endometriosis: a half-year, randomized, multicentre, open-label trial. Human Reproduction. 2010;25(3):633-641.
  • [7] Vercellini P. et al. Progestogens for endometriosis: forward to the past. Human Reproduction Update. 2003;9(4):387-396. PMID:12926531.
  • [8] Coccia ME, Rizzello F, Mariani G, et al. Ovarian surgery for bilateral endometriomas influences age at menopause. Human Reproduction. 2011;26(11):3000-3007. PMID:21868401.

Ménopause chimique ou naturelle : ce qui change vraiment

Avoir des bouffées de chaleur à 30 ans est déstabilisant, et c'est légitime de le trouver injuste. Mais la ménopause chimique et la vraie ménopause sont deux choses différentes.

La ménopause naturelle survient quand la réserve d'ovules est épuisée, vers 51 ans. Elle est définitive. La ménopause chimique, elle, met simplement vos ovaires en pause. La fonction ovarienne reprend dans la grande majorité des cas (plus de 95 %) dans les semaines à mois après l'arrêt du traitement [9][10].

  • Réversibilité : chimique = réversible ; naturelle = définitive.
  • Fertilité : la ménopause chimique ne détruit pas votre réserve ovarienne [9].
  • Durée : les bouffées du traitement s'estompent après l'arrêt ; celles de la vraie ménopause peuvent durer des années.

Être sous agoniste de la GnRH avec des bouffées de chaleur ne veut pas dire que vous êtes ménopausée : le traitement baisse simplement les œstrogènes pour mettre les lésions au repos [9][10].

Les nuits, elles, peuvent devenir un vrai combat. Environ 50 à 60 % des femmes sous agoniste rapportent des sueurs nocturnes qui coupent le sommeil [6]. Le manque de sommeil aggrave la fatigue, la douleur et le stress, qui perturbent encore le sommeil. Les bouffées de chaleur intenses multiplient par 3,4 le risque d'insomnie chronique [11]. Cette fatigue de trop pousse certaines femmes à arrêter leur traitement : c'est pourquoi ces symptômes ne doivent jamais être ignorés [9].

Sources (4)
  • [9] ESHRE Guideline on Endometriosis. European Society of Human Reproduction and Embryology. 2022. https://www.eshre.eu/Guidelines-and-Legal/Guidelines/Endometriosis-Guideline
  • [10] Barbieri R.L. Hormone treatment of endometriosis: the estrogen threshold hypothesis. American Journal of Obstetrics and Gynecology. 1992;166(2):740-745. PMID:1536260.
  • [6] Strowitzki T. et al. Dienogest is as effective as leuprolide acetate in treating the painful symptoms of endometriosis: a half-year, randomized, multicentre, open-label trial. Human Reproduction. 2010;25(3):633-641.
  • [11] Ohayon M.M. Severe hot flashes are associated with chronic insomnia. Archives of Internal Medicine. 2006;166(12):1262-1268. PMID:16801508.

Ce que vous pouvez faire, seule et avec votre médecin

Vous n'avez pas à tout faire d'un coup. Chaque geste compte, à votre rythme.

Au quotidien [12] :

  • Habillez-vous en couches légères (coton, lin), faciles à retirer.
  • La nuit, gardez la chambre fraîche (18 à 19 °C), un ventilateur à portée.
  • Buvez de l'eau fraîche ; limitez alcool, caféine et boissons très chaudes, des déclencheurs connus [12].

La respiration lente : dès qu'une bouffée commence, respirez par le ventre, 6 à 8 fois par minute pendant 5 à 10 minutes. Certaines études montrent une baisse de fréquence, mais la preuve a été récemment revue à la baisse [12]. C'est gratuit et sans risque.

Les plantes, avec prudence : la sauge et l'actée à grappes noires ont montré un soulagement dans certaines études, mais les données restent hétérogènes [13]. Attention : certains compléments (isoflavones de soja, trèfle rouge) agissent comme des œstrogènes et pourraient stimuler les lésions. Parlez-en à votre gynécologue avant [14].

Les ajustements médicaux : un effet attendu n'est pas un effet à subir en silence.

  • La thérapie add-back ajoute de très faibles doses d'estradiol à l'agoniste de la GnRH. Elle calme le thermostat et protège les os sans relancer l'endométriose, réduisant les bouffées de chaleur de 50 à 60 % [15]. L'ESHRE (2022) la recommande pour les traitements de plus de 6 mois [9].
  • Un changement de molécule vers le diénogest, aussi efficace sur la douleur avec bien moins de bouffées de chaleur, peut se discuter [6].

Si votre ressenti n'est pas pris en compte, vous avez le droit de demander un deuxième avis.

Sources (6)
  • [12] North American Menopause Society (NAMS). Nonhormonal management of menopause-associated vasomotor symptoms: 2015 position statement. Menopause. 2015;22(11):1155-1174.
  • [13] Borrelli F., Ernst E. Black cohosh (Cimicifuga racemosa) for menopausal symptoms: a systematic review of its efficacy. Pharmacological Research. 2008;58(1):8-14 ; Bommer S. et al. First time proof of sage's tolerability and efficacy in menopausal women with hot flushes. Advances in Therapy. 2011;28(6):490-500.
  • [14] European Medicines Agency (EMA). Committee on Herbal Medicinal Products (HMPC). Monographies sur Cimicifuga racemosa et Salvia officinalis. 2018 ; ANSM. Recommandations sur les compléments alimentaires à base de phytoestrogènes. 2005.
  • [15] Surrey E.S., Hornstein M.D. Prolonged GnRH agonist and add-back therapy for symptomatic endometriosis: long-term follow-up. Obstetrics & Gynecology. 2002;99(5 Pt 1):709-719. PMID:11978277.
  • [9] ESHRE Guideline on Endometriosis. European Society of Human Reproduction and Embryology. 2022. https://www.eshre.eu/Guidelines-and-Legal/Guidelines/Endometriosis-Guideline
  • [6] Strowitzki T. et al. Dienogest is as effective as leuprolide acetate in treating the painful symptoms of endometriosis: a half-year, randomized, multicentre, open-label trial. Human Reproduction. 2010;25(3):633-641.

Vos bouffées de chaleur ne sont pas un « petit inconfort » à endurer. Elles pèsent sur votre sommeil, votre énergie et votre moral, et des solutions existent. Notez quand elles surviennent et leur intensité : ce suivi aide votre médecin à ajuster votre traitement. Vous méritez d'être soulagée sans perdre votre qualité de vie, et d'être entendue.

Cet article informe mais ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Si un symptôme t'inquiète, parles-en à un médecin.