Le THM, c'est pour vous ? Faites le point en 3 minutes
Pour qui, à partir de quel âge, et la différence entre les vraies contre-indications et les vieilles peurs.
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Vous vous réveillez trempée à 3 h du matin, et le lendemain les mots vous échappent en réunion. Ces symptômes sont réels et ont une cause hormonale. On vous a peut-être dit d'attendre que ça passe. Pourtant, en France, seules 4 à 6 % des femmes qui pourraient être traitées par hormones le sont [1]. Vous n'êtes probablement pas exclue, peut-être juste oubliée.
Le THM remplace les œstrogènes qui chutent, et la voie cutanée change la donne
THM veut dire traitement hormonal de la ménopause. Vous croiserez parfois l'ancien terme THS (traitement hormonal substitutif) : c'est le même traitement, au nom rafraîchi.
À la ménopause, vos ovaires produisent de moins en moins d'œstrogènes. Or cette hormone aide l'hypothalamus (une petite zone du cerveau) à régler votre température [2]. Quand elle chute, ce thermostat interne s'emballe et déclenche bouffées de chaleur et sueurs nocturnes. Le THM réapprovisionne le corps en œstrogènes et calme ce dérèglement.
Le THM prend deux formes. Si vous avez encore votre utérus, on associe les œstrogènes à un progestatif (de préférence la progestérone micronisée) pour protéger la muqueuse utérine [3]. Après une ablation de l'utérus (hystérectomie), les œstrogènes seuls suffisent.
La voie compte autant que la molécule. Avalés en comprimé, les œstrogènes passent d'abord par le foie et augmentent les facteurs de coagulation. En gel ou en patch sur la peau, ils rejoignent le sang sans surcharger le foie, sans hausse du risque de caillot [5]. C'est aujourd'hui la voie préférée, surtout en cas de facteur de risque vasculaire.
Sources (3)
- [2] The 2022 Hormone Therapy Position Statement of The North American Menopause Society. Menopause. 2022;29(7):767-794. doi:10.1097/GME.0000000000002028
- [3] Haute Autorité de Santé (HAS). Traitement hormonal de la ménopause - Recommandations. 2024
- [5] Vinogradova Y, Coupland C, Hippisley-Cox J. Use of hormone replacement therapy and risk of venous thromboembolism: nested case-control studies. BMJ. 2019;364:k4810
Le THM est pour vous si vos symptômes pèsent sur votre vie
L'indication principale tient en une phrase : des symptômes de la ménopause qui altèrent votre qualité de vie [3]. Le THM est recommandé en première intention pour les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes gênantes, pas en dernier recours [4]. Il en reste le traitement le plus efficace [13].
Vous vous reconnaissez peut-être dans un de ces profils :
- Bouffées ou sueurs nocturnes qui coupent votre sommeil, votre travail, votre humeur.
- Ménopause précoce (avant 45 ans) ou insuffisance ovarienne (avant 40 ans) : le THM protège alors les os et le cœur, ce n'est pas qu'une question de confort [4].
- Risque osseux (antécédent familial, ménopause précoce) : les œstrogènes freinent la perte osseuse et réduisent le risque de fracture [6].
- Sécheresse vaginale, douleurs aux rapports, infections urinaires à répétition : ce syndrome génito-urinaire touche jusqu'à la moitié des femmes ménopausées [7].
La sphère génito-urinaire se traite par des œstrogènes locaux (ovule ou crème), avec un passage dans le sang minime. Cette option reste possible même quand le THM par voie générale est contre-indiqué [7]. Contrairement aux bouffées, qui finissent par diminuer, ce syndrome a tendance à s'aggraver sans traitement [7].
Sources (6)
- [3] Haute Autorité de Santé (HAS). Traitement hormonal de la ménopause - Recommandations. 2024
- [4] National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Menopause: identification and management (NG23). 2024
- [13] MacLennan AH, Broadbent JL, Lester S, Moore V. Oral oestrogen and combined oestrogen/progestogen therapy versus placebo for hot flushes (Cochrane Review). Cochrane Database Syst Rev. 2004;(4):CD002978
- [6] Cauley JA, Robbins J, Chen Z, et al. (Women's Health Initiative). Effects of estrogen plus progestin on risk of fracture. JAMA. 2003;290(13):1729-1738
- [7] Portman DJ, Gass MLS (NAMS/ISSWSH consensus). Genitourinary syndrome of menopause. Menopause. 2014;21(10):1063-1068
- [9] Avis NE, Crawford SL, Greendale G, et al. Duration of menopausal vasomotor symptoms over the menopause transition (SWAN Study). JAMA Intern Med. 2015;175(4):531-539
À 50 ans, vous êtes en plein dans la fenêtre, pas trop tard
Beaucoup de femmes croient avoir "raté la fenêtre". Voici ce que ce terme désigne vraiment. Avant 60 ans, ou dans les 10 ans suivant le début de la ménopause, le rapport bénéfice/risque du THM est favorable pour les symptômes et les os [2]. En France, l'âge médian de la ménopause est de 51 ans [1].
Le moment compte parce que les œstrogènes agissent mieux sur des artères encore souples. Un essai clinique a montré que l'estradiol ralentit l'athérosclérose (le dépôt de plaques dans les artères) quand il débute moins de six ans après la ménopause [8]. Commencé bien plus tard, ce bénéfice s'efface.
Un cas inverse la logique de l'âge : la ménopause précoce. Avant 40 ou 45 ans, le THM est recommandé au moins jusqu'à l'âge habituel de la ménopause, pour protéger les os et le cœur [2].
Le mythe "il faut attendre que ça passe" tombe donc de lui-même. Attendre n'est pas une stratégie [2]. Et après 60 ans ou 10 ans de ménopause, la porte ne claque pas d'un coup : la balance se réévalue plus finement avec votre médecin, souvent par voie cutanée ou traitement local. La question mérite toujours d'être posée.
Sources (3)
- [2] The 2022 Hormone Therapy Position Statement of The North American Menopause Society. Menopause. 2022;29(7):767-794. doi:10.1097/GME.0000000000002028
- [1] GEMVi (Groupe d'Étude sur la Ménopause et le Vieillissement hormonal), données de prescription, 2021 ; INSERM/HAS, âge médian de la ménopause, 2014
- [8] Hodis HN, Mack WJ, Henderson VW, et al. (ELITE trial). Vascular Effects of Early versus Late Postmenopausal Treatment with Estradiol. N Engl J Med. 2016;374(13):1221-1231
Vraies contre-indications d'un côté, vieilles peurs de l'autre
Certaines situations ferment vraiment la porte au THM par voie générale [3].
Les vraies contre-indications sont notamment :
- un cancer du sein, actuel ou passé, ou un autre cancer hormonodépendant,
- un antécédent de thrombose veineuse (phlébite, embolie pulmonaire) ou d'AVC,
- une maladie du foie sévère en cours,
- des saignements vaginaux inexpliqués, à explorer avant toute décision.
Ces situations ne vous condamnent pas à tout endurer. Certains médicaments (paroxétine, venlafaxine, gabapentine) réduisent les bouffées, et la thérapie cognitivo-comportementale améliore leur vécu et le sommeil [4]. Les œstrogènes locaux restent souvent possibles pour la sphère génito-urinaire [3].
À l'inverse, beaucoup de barrières n'en sont pas. "Trop vieille" : la fenêtre court jusqu'à 60 ans. "Un antécédent familial" : il oriente l'évaluation, il n'est pas un verdict automatique [4]. "Le THM fait grossir" : les données ne montrent pas de prise de poids liée au traitement [11].
"C'est trop dangereux" : le surrisque de cancer du sein existe mais reste modeste, il dépend du type et de la durée, et il est moindre avec les œstrogènes seuls [12]. Un suivi de 18 ans n'a montré aucune hausse de la mortalité [11]. Et pour le risque de caillot, la voie cutanée ne l'augmente pas, contrairement au comprimé [5].
Sources (6)
- [3] Haute Autorité de Santé (HAS). Traitement hormonal de la ménopause - Recommandations. 2024
- [4] National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Menopause: identification and management (NG23). 2024
- [11] Manson JE, Aragaki AK, Rossouw JE, et al. Menopausal Hormone Therapy and Long-term All-Cause and Cause-Specific Mortality: The Women's Health Initiative Randomized Trials. JAMA. 2017;318(10):927-938
- [12] Collaborative Group on Hormonal Factors in Breast Cancer. Type and timing of menopausal hormone therapy and breast cancer risk. Lancet. 2019;394(10204):1159-1168
- [5] Vinogradova Y, Coupland C, Hippisley-Cox J. Use of hormone replacement therapy and risk of venous thromboembolism: nested case-control studies. BMJ. 2019;364:k4810
- [10] Cagnacci A, Venier M. The Controversial History of Hormone Replacement Therapy. Medicina (Kaunas). 2019;55(9):602
Vous savez maintenant l'essentiel. Le THM s'adresse d'abord aux femmes dont les symptômes pèsent vraiment, et le bénéfice est le plus grand avant 60 ans ou dans les 10 ans après la ménopause. Notez vos bouffées, vos sueurs nocturnes et votre brouillard mental pendant quelques semaines dans Endora, rassemblez vos antécédents, puis consultez avec ce dossier. Cet article informe, il ne remplace pas une évaluation : seul votre médecin décide avec vous, données en main.
Cet article informe mais ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Si un symptôme t'inquiète, parles-en à un médecin.




