Endora
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Sécheresse à la ménopause : la phrase qui débloque la consultation

Comment aborder la sécheresse intime et la douleur aux rapports avec votre médecin, sans bredouiller et sans être balayée d'un « c'est l'âge ».

5 min de lecture

Vous avez répété la phrase dans votre tête, puis la consultation a filé et vous êtes ressortie sans rien dire. Ce n'est pas un manque de courage. Entre 27 et 84 % des femmes ménopausées vivent une sécheresse intime ou des douleurs pendant les rapports, et presque personne n'en parle. Ce ne sont pas des fatalités : ce sont des symptômes qui ont un nom et des traitements efficaces.

Le tabou n'est pas votre faute, et vous êtes loin d'être seule

Vous voulez parler de la sécheresse, des brûlures, des rapports qui font mal. Mais la consultation file, et aborder l'intime donne l'impression d'en demander trop. Alors vous ne dites rien. Vous n'êtes pas faible : c'est le contexte qui rend ça difficile.

Et vous êtes loin d'être seule. La sécheresse vaginale touche environ une femme ménopausée sur deux [1], et selon les études, de 27 à 84 % rapportent ces symptômes génito-urinaires [4]. Pourtant, moins d'une femme sur quatre en parle spontanément à son médecin [3].

Cette gêne n'est pas un trait de votre personnalité, c'est un héritage. Pensez à votre mère, à votre grand-mère : le sujet a été enterré sur plusieurs générations. Vous n'y êtes pour rien.

Le silence est même double. Souvent, le médecin non plus n'aborde pas le sujet le premier [4]. Chacun attend que l'autre commence. Résultat : ces symptômes, qui ont tendance à s'aggraver sans traitement, restent trop longtemps sous le tapis [1].

Sources (3)
  • [1] The 2020 Genitourinary Syndrome of Menopause Position Statement Editorial Panel. The 2020 genitourinary syndrome of menopause position statement of The North American Menopause Society. Menopause. 2020;27(9):976-992.
  • [4] Faubion SS, Sood R, Kapoor E. Genitourinary Syndrome of Menopause: Management Strategies for the Clinician. Mayo Clin Proc. 2017;92(12):1842-1849.
  • [3] Nappi RE, Kokot-Kierepa M. Vaginal Health: Insights, Views & Attitudes (VIVA) survey. Climacteric. 2012;15(1):36-44.

La phrase exacte pour lancer le sujet en dix secondes

Pas besoin d'un discours. Une phrase suffit, à recopier telle quelle :

« J'ai une sécheresse et des douleurs pendant les rapports depuis la ménopause, je voudrais qu'on en parle. »

Dix secondes. Elle nomme le symptôme, le situe dans le temps et pose une demande claire. Le médecin sait aussitôt de quoi il s'agit et ce que vous attendez.

À adapter selon votre situation :

  • « J'ai une sécheresse et des irritations au quotidien depuis la ménopause, je voudrais une solution. »
  • « Depuis la ménopause, j'ai des brûlures et des infections urinaires qui reviennent, est-ce que ça peut être lié ? »
  • « J'ai entendu qu'il existe des traitements locaux, est-ce que ça pourrait me convenir ? »

Le meilleur moment : au tout début, quand on vous demande « qu'est-ce qui vous amène ? ». Si les mots ne sortent pas, écrivez la phrase sur un papier et tendez-le. C'est parfaitement valable.

Gardez une chose en tête : votre médecin a entendu cette phrase des dizaines de fois. Pour vous, c'est peut-être la première, et ce déséquilibre paralyse. De son côté, c'est un motif banal et traitable.

Le SGUM : les bons mots et pourquoi c'est traitable

Le terme médical à connaître : SGUM, syndrome génito-urinaire de la ménopause. Il regroupe la sécheresse, les brûlures, les irritations, les douleurs pendant les rapports (la dyspareunie) et les symptômes urinaires [2]. Il a remplacé en 2014 l'ancien « atrophie vulvo-vaginale », jugé stigmatisant. Glisser « est-ce que ce serait un SGUM ? » montre que vous connaissez le sujet.

Le mécanisme, simplement : à la ménopause, vos ovaires produisent beaucoup moins d'œstrogènes. Or les tissus du vagin, de la vulve et de l'urètre ont besoin de cette hormone pour rester souples et hydratés. Sans elle, ils deviennent plus fins et plus fragiles, comme une peau qu'on aurait cessé de nourrir [1]. Le milieu vaginal change aussi, ce qui favorise irritations et infections urinaires [1]. Environ 4 femmes ménopausées sur 10 rapportent des douleurs pendant les rapports [5].

Surtout, c'est traitable. En première intention, des hydratants vaginaux réguliers et des lubrifiants au moment des rapports, sans hormones [7]. Si besoin, les œstrogènes locaux à faible dose (crème, ovule ou anneau) restaurent les tissus, avec un passage très limité dans le sang [6]. Les recommandations internationales préconisent de les proposer aux femmes concernées [7]. D'autres options existent : la DHEA intravaginale, l'ospémifène par voie orale, ou la rééducation du périnée [1]. En cas d'antécédent de cancer du sein hormonodépendant, les œstrogènes locaux à faible dose peuvent être envisagés après discussion avec un spécialiste [8].

Vous n'avez pas à tout réciter. Mais avoir ces mots en réserve, c'est vous assurer qu'on ne balaiera pas votre demande.

Sources (6)
  • [2] Portman DJ, Gass MLS; Vulvovaginal Atrophy Terminology Consensus Conference Panel. Genitourinary syndrome of menopause: new terminology for vulvovaginal atrophy from the International Society for the Study of Women's Sexual Health and The North American Menopause Society. Menopause. 2014;21(10):1063-1068.
  • [1] The 2020 Genitourinary Syndrome of Menopause Position Statement Editorial Panel. The 2020 genitourinary syndrome of menopause position statement of The North American Menopause Society. Menopause. 2020;27(9):976-992.
  • [5] Nappi RE, Palacios S. Impact of vulvovaginal atrophy on sexual health and quality of life at postmenopause. Climacteric. 2014;17(1):3-9.
  • [7] National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Menopause: identification and management (NG23). 2024.
  • [6] Lethaby A, Ayeleke RO, Roberts H. Local oestrogen for vaginal atrophy in postmenopausal women. Cochrane Database Syst Rev. 2016;(8):CD001500.
  • [8] American College of Obstetricians and Gynecologists. Committee Opinion No. 659: The Use of Vaginal Estrogen in Women With a History of Estrogen-Dependent Breast Cancer. Obstet Gynecol. 2016.

Si on vous répond « faites avec » : votre plan B

« Faites avec » n'est pas une réponse médicale acceptable. Le SGUM répond bien aux traitements, et les recommandations officielles préconisent de les proposer [7].

Si on vous renvoie à votre âge, vous avez une carte à jouer. Dites simplement : « Je sais qu'il existe des traitements locaux pour le SGUM, des hydratants et des œstrogènes vaginaux. Est-ce qu'on peut en discuter ? » Vous ne demandez plus une faveur, vous évoquez une option documentée.

Vous pouvez aussi demander la raison : « Pour quelle raison médicale ces traitements ne me conviendraient-ils pas ? » Soit il existe une vraie contre-indication à vous expliquer, soit la conversation reprend.

Et si on persiste à minimiser ? Changer de médecin n'est ni un caprice ni une trahison, c'est votre droit. Demandez un rendez-vous auprès d'un gynécologue, d'une sage-femme ou d'un médecin à l'écoute. Le réseau des spécialistes de la ménopause existe précisément pour ça. Ces symptômes restent sous-déclarés par les patientes et sous-explorés par les médecins, et votre demande, posée avec les bons mots, est exactement ce qui fait bouger les choses [4].

Sources (2)
  • [7] National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Menopause: identification and management (NG23). 2024.
  • [4] Faubion SS, Sood R, Kapoor E. Genitourinary Syndrome of Menopause: Management Strategies for the Clinician. Mayo Clin Proc. 2017;92(12):1842-1849.

Le silence s'est arrêté à vous. Vous repartez avec une phrase de dix secondes, le bon vocabulaire (le SGUM), un plan B si on vous répond mal, et le droit de demander un traitement. Dès cette semaine : notez vos symptômes, choisissez votre rendez-vous, préparez votre phrase. Un suivi daté dans votre app (depuis quand, à quelle fréquence, intensité) rend votre demande factuelle et difficile à balayer. Vous n'avez pas à justifier votre vie intime pour avoir le droit de ne plus avoir mal.

Cet article informe mais ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Si un symptôme t'inquiète, parles-en à un médecin.